Quelques questions à Pierre Marini

 

Le Directeur général du Groupe nous parle de son parcours, du plan stratégique en cours et des objectifs poursuivis. Quelques questions pour mieux comprendre comment et pourquoi le Groupe Solimut a évolué, quels sont les prochaines étapes et le rythme qui permettront au collectif de réussir.

 

 

Comment devienton mutualiste ?

Par habitude, par envie et par convictions. Je viens d’une famille très engagée en mutualité. Plus jeune, j’assistais presque tous les dimanches à de longs débats passionnés sur « la Mutuelle » les Livres 3, les enjeux politiques et stratégiques de la Mutualité locale… Je suis sensible depuis des années aux sigles, aux significations, aux enjeux. J’ai longtemps affirmé que je ne travaillerais pas dans cet univers. J’avais sans doute besoin de m’en persuader. Avec le recul si c’était à refaire, je ne changerais pas un iota. Il ne faut jurer de rien.

Alors pourquoi avez-vous changé d’avis ?

Je suis dans mon élément au sein du Mouvement.  Il correspond à mes valeurs. Il est riche d’une histoire forte, il est porté par de vrais militants, des femmes et des hommes engagés. C’est aussi un environnement où l’on donne une chance à ceux qui s’investissent. Mais, au-delà de cela, je pense que c’est aussi un privilège d’avoir un métier en accord avec ses convictions et un travail qui a du sens. Même et surtout lorsque les contraintes réglementaires et les politiques gouvernementales nous donnent du fil à retordre.

Je suis profondément attaché à la Fédération des Mutuelles de France et à ses valeurs. Nous ne sommes pas là pour faire du business. Le terme d’entreprises mutualistes m’exaspère. Je le comprends, il est dans l’air du temps, il m’arrive de l’employer par accident mais, dans les faits, il est réducteur. Collectivement, nous sommes plus que cela. Nous avons un rôle et un impact sur nos territoires, pour nos adhérents et bien au-delà. Nous sommes un mouvement social et politique. Évidemment, notre impact est d’autant plus grand que notre modèle économique et opérationnel est efficient.

Comment en êtes-vous arrivé à travailler pour le Groupe ?

J’ai commencé en stage de fin d’études, en 2014, afin de répondre à des questions en lien avec l’application de la Directive européenne « Solvabilité II ». Sous la conduite d’Alain Geindreau, j’ai réfléchi et proposé des pistes sur le rôle du groupe d’un point de vue prudentiel. Il y avait un décalage entre ce qui était demandé aux mutuelles, leurs moyens, la taille de leurs équipes et leur capacité à répondre aux nouveaux défis réglementaires. Mon rôle premier était de souligner les difficultés et permettre aux mutuelles de transformer leurs modes de fonctionnement. Comment passer d’une culture orale à une traçabilité totale des travaux et des hypothèses ? Comment réussir à développer nos expertises financières, juridiques et actuarielles ? Quels avantages à mettre en place un audit et un contrôle interne efficaces ?

A la fin de mon stage, on m’a proposé de rester pour appliquer la stratégie que j’avais contribué à construire. Je suis devenu Responsable des opérations et de la transformation Solvabilité 2, puis Directeur des opérations et enfin Directeur général. Nous avons rapidement eu besoin de recruter les fonctions support indispensables, dont certaines que je viens d’évoquer. Au fil du temps les salariés se sont mobilisés, certains issus des mutuelles, certains qui découvraient la mutualité et son environnement. Si le groupe est ce qu’il est aujourd’hui, c’est grâce à l’engagement de toutes les équipes, notamment au sein des mutuelles. Ce sont elles qui l’ont construit.

Comment le groupe a-t-il évolué sur ces 5 dernières années ?

Les changements peuvent donner le vertige. Ces derniers mois sont passés très vite et pourtant le temps a pu sembler long. Le Groupe Solimut est devenu un groupe prudentiel en janvier 2018. C’était une étape essentielle, le fruit de beaucoup de travail, d’évolutions et de débats stratégiques. Mais ce n’était qu’une étape, même si elle était décisive, dans notre envie de construction collective.

Pourquoi vouloir aller plus loin ?

La structuration actuelle a atteint ses limites. Il nous reste quelques ponts à construire et nous nous mettons en ordre de marche. Nous avons longtemps assumé les urgences et le quotidien sans prendre le temps de réinterroger nos ambitions communes ni même nos habitudes. Nous étions un rassemblement de mutuelles davantage qu’un groupe. Pourtant, nous sommes spontanément allés au-delà du réglementaire. C’était naturel, nous avions trop en commun et trop d’enjeux pour nous contenter d’aussi peu.

L’Assemblée générale de cette année illustre cette envie. Nous avons cassé nos codes historiques, en rassemblant les élus et les services, le politique et l’opérationnel, en interrogeant tous ceux qui donnent du temps et de l’énergie au quotidien pour l’intérêt du groupe et des mutuelles. Ce moment a été l’occasion pour certains qui travaillaient ensemble depuis des années de mettre des visages sur des noms. C’était à la fois la conclusion d’un travail et la naissance d’autre chose.

Il y a un investissement majeur des équipes et il paye. Nous avons eu des réussites, des vraies victoires et quelques obstacles à surmonter.  Il y a des débats. Ils nous enrichissent. D’ailleurs, nous avons voté ces changements à l’unanimité. Cela nous oblige, c’est un mandat politique extrêmement fort.

Comment vont s’organiser les évolutions à venir ?

Nous avons lancé six chantiers thématiques : sur l’organisation, les processus, la communication et la culture groupe, le développement, les systèmes d’information, les liens entre les L2 et les L3 et notre place dans l’ESS.

Nous sommes un collectif vivant, évolutif et capable de s’adapter. Le groupe c’est les mutuelles, et les mutuelles sont le groupe. Nos intérêts sont plus que partagés, ils sont indissociables. C’est un changement de paradigme qui a des conséquences. Tout ne se fera pas en un jour. Nous devons trouver les ressources humaines et budgétaires. Les puiser où elles sont et les mutualiser. Construire des solutions durables exige un investissement de chacun.

Nous avons moins d’un an pour nous donner les moyens de nos ambitions. L’objectif est d’impliquer les élus et les cadres pour construire ensemble les solutions. Nous devons poursuivre l’amélioration de nos procédures et de nos modes de fonctionnement. Nous mettrons un point d’honneur à favoriser la communication, tant descendante qu’ascendante, car nous apprenons beaucoup les uns des autres. Nous allons nous doter d’outils, de moyens pour y arriver. Il ne s’agit pas de remplacer les mutuelles, bien au contraire. Nous souhaitons les consolider et renforcer une dynamique commune.

Nous sommes tous concernés par ce projet. Nous présenterons l’avancée des travaux et en débattrons dans toutes les instances : les Conseils d’administration et les Comités de direction du groupe évidemment, mais aussi ceux des mutuelles. Cet engagement à associer largement tous les acteurs voulu par le Conseil d’administration du groupe est présente depuis le début. Le plan stratégique a été initié par une consultation de l’ensemble des collaborateurs et par des ateliers qui ont rassemblé les cadres, les directions et les élus.

Ce plan est depuis l’origine celui des mutuelles qui décident ensemble quel groupe elles veulent constituer. Les équipes projets vont intégrer un maximum de volontaires, représentant des métiers, des mutuelles, des territoires et des idées différents.

Les travaux vont être intenses et demander beaucoup d’énergie. Mais c’est un effort que nous fournirons ensemble.

Pourquoi avoir choisir d’agir aussi vite ?

Le groupe existe depuis 2012. Quand on examine ces sept ans de projets communs, d’apprentissage de la vie en groupe, peut-on vraiment parler d’agir aussi vite ? Le temps mutualiste est, par tradition, un temps long. Il a fallu ce temps pour arriver à ce niveau de mutualisation et de motivation. Nous prenons les réflexes d’un fonctionnement Groupe, d’une culture et d’actions stratégiques communes. Le Comité de direction est moteur en la matière.

Nous avons pris le temps de nous connaître et d’atteindre la maturité nécessaire. Dans les faits, le contexte actuel ne nous laisse pas le loisir d’attendre. Nous sommes à un carrefour. D’un côté nous sommes les dépositaires de l’histoire des Mutuelles de France. C’est une histoire forte, forte de valeurs, d’actes, d’accomplissements et de projets. De l’autre nous avons des concurrents qui sont à l’antithèse de ce que nous proposons et qui voient la santé comme un marché particulièrement lucratif. Notre projet est fondamentalement différent : défendre un système de santé solidaire, une sécurité sociale de haut niveau et des complémentaires mutualistes. Mais ces mécanismes sont remis en cause. C’est tout notre modèle social qui se morcelle. Tout est sujet, au nom du droit des consommateurs, à attaquer les acquis et les combats sociaux. Tout est bon pour casser les solidarités. Le danger est plus que jamais réel pour nos adhérents et l’ensemble des usagers.

Nous devons poursuivre l’amélioration de la qualité opérationnelle qui nous permet d’asseoir nos messages politiques. L’enjeu, c’est d’apporter à notre échelle les moyens nécessaires pour que nous réussissions collectivement.

A quel moment aurez-vous réussi ?

En tant que groupement des Mutuelles de France ? Quand nous aurons les moyens de soutenir nos ambitions et d’agir sur le terrain. L’action sociale, la synergie avec les mutuelles de Livre 3, la prévention, l’implication de nos élus sont des marqueurs de notre différence. Je sais que les mutuelles et leurs élus, les salariés, les équipes attendent des résultats. Ils souhaitent une conduite du groupe au service de l’intérêt général et pas des intérêts particuliers. A titre individuel, je dois avoir la position la plus neutre possible, être pragmatique et respecter les cultures, les histoires et les problématiques que chacune de nos mutuelles rencontre localement.

Mon rôle, c’est aussi de trouver un équilibre. Les salariés ont souvent développé une grande polyvalence. Cela montre leur investissement, leur volonté, leur besoin et leur capacité à apprendre et à évoluer. C’est ce que nous proposons en interne comme en externe à ceux qui souhaitent nous rejoindre. C’est une richesse pour nos effectifs. En contrepartie de cela, nous nous assurons de les protéger, de les faire grandir, de leur donner des perspectives.

Ce projet nous tient à cœur. Savoir qu’on nous fait confiance et qu’on nous donne les moyens d’agir, qu’on nous offre des occasions de faire une réelle différence, c’est essentiel. Il y a forcément un coté personnel.  Je bénéficie de cette opportunité et je veux le proposer aux équipes. Pour cela, je dois être disponible et attentif aux propositions même si nous avons tous peu de temps et beaucoup à faire.

Quelles sont vos prochaines échéances ?

L’Assemblée générale de 2020 nous permettra d’aller plus loin : elle sera décisive. Nous devons voter la feuille de route de notre transformation stratégique dès l’année prochaine, pour trouver une organisation qui liera deux objectifs : préparer l’avenir et agir pour nos adhérents et nos territoires… Cette année nous nous sommes accordés sur une ambition. Dans quelques mois, nous devrons avoir défini des modes opératoires. C’est à cette condition que nous réussirons non seulement à préserver nos identités, mais surtout à agir efficacement au service du projet politique des Mutuelles de France.

2019-09-05T13:13:42+00:0029 août 2019|